Bienvenue à toutes et à tous

C'est avec l'ambition de diffuser de nombreuses informations sur le thé japonais que j'ai débuté ce blog. Vous y trouverez les éléments les plus importants de l'histoire du thé au Japon, ainsi que des infos sur les divers types de thés japonais, régions productrices, etc.

Aussi, vous pouvez retrouver en ligne ma sélection de thés grâce à la boutique Thés-du-Japon.com.

Très bonne lecture, j'espère que mon modeste blog donnera au plus grand nombre l'envie de se familiariser de plus près avec ce produit d'une grande profondeur qu'est le thé japonais !

English version of some posts here in Japanese Tea Sommelier blog

mardi 19 septembre 2017

Gyokuro de Asahina

J'ai présenté la semaine dernière le gyokuro en tant que genre de thé, très typiquement japonais, avec un mode de consommation très particulier qui requière disons une vision différente, mais qui donne au gyokuro tout son charme.
Quant on pense gyokuro, on pense bien sûr à Uji, mais aussi Yame, et malheureusement moins à Okabe. Pourtant, nous avons là les trois grandes régions du gyokuro.



Okabe est une localité de la ville de Fujieda, connue pour son gyokuro de Asahina.
Fujieda se trouve juste à l'ouest de la ville de Shizuoka, nous somme alors au croisement de Hon.yama et de Kawane. Fujieda est aussi connu pour le cultivar de type inzatsu Fuji-kaori, que la ville présente sous le nom de marque "Fujieda-kaori". On trouve essentiellement du sencha à Fujieda, mais le secteur de Okabe, en particulier une zone sur les rives de la rivière Asahina produit presque exclusivement des thés ombrés, kabuse-cha bien sûr, mais aussi et surtout les fameux gyokuro de Asahina.
C'est à la fin du 19ème siècle que l'on commence la production de gyokuro à Okabe, mais ces thés étaient pour l'essentiel envoyés à Uji. C'est à partir de la fin des années 50, quant le thé se développe enfin pour le marché intérieur au Japon, que le thé de Okabe, Asahina gyokuro devient un nom connu et est vendu en tant que tel.
Néanmoins, de nos jours, les vrais gyokuro, en plantation "shizen-shitate" récoltés manuellement, ne sont plus produits que par une petite dizaine de producteurs, ayant tous plus de 65 ans, et malheureusement sans successeur.
C'est la première année que je propose des gyokuro de Asahina, et je dois dire que je suis tombé sous leur charme et sous le charme de cette petite zone de production. En même temps que ma volonté de faire mieux comprendre le gyokuro, je voudrais aussi mettre en lumière Asahina, avant qu'il ne soit trop tard.



Du point de vu des cultivars, on trouve essentiellement du Yabukita, donnant ainsi une typicité à cette régions. On trouve aussi du Oku-midori. Bien sûr, Saemidori, le cultivar qui se développe le plus depuis nombre d'année, pour son fort umami, est aussi introduit à Okabe, mais les risques dues au givre dans cette région pour ce cultivar hâtif freinent son développement. On trouve aussi un peu de cultivars à thé ombré de Uji comme Gokô et Asahi, mais les plantations sont anciennes et ces cultivars ne seront sûrement plus plantés.

Je propose deux gyokuro du même producteur, Maeshima Shin.ya, 70 ans, un Saemidori et un Yabukita.

Le Yabukita possède un parfum sucré, des arômes évoquant des senteurs de viennoiseries. Il y a aussi un aspect végétal frais avec une touche de menthe.



L'umami est très puissant en bouche, avec ici des arômes d'algue nori assez marqués. Malgré la rondeur et la force de l'umami, on a aussi une attaque astringente apportant contraste et relief.  Ainsi, la liqueur a beaucoup de profondeur et de richesse en bouche. Dans la longueur, l'umami et le sucré qui continuent à dominer, avec puissant et persistance.
Sur les infusions successives, des arômes plus fruitées, avec des notes d'amande, de camphre, d'herbes aromatiques se développent peu à peu.
Au nez comme en bouche, se gyokuro cultivar Yabukita de Asahina offre une expérience vraiment riche, qui semble aussi montrer un gyokuro typique de Asahina et simplement sublime.

Avec Saemidori, on a, conformément aux attentes pourrait-on dire, quelque de plus profondément orienté vers l'umami et le sucré. Rien que le parfum des feuilles sèches confère une impression de friandise, de bonbon. Ce parfum sucré se dégage avec plus de force encore dès la verse de l'eau tiède. C'est envoutant.



Cette il n'y a pas d’astringence, et ce gyokuro offre une attaque calme, avec ensuite le développement en bouche d'un umami très plein et fort, accompagné d'arômes sucrés de légumes cuits, de haricots, très différents du végétal frais du Yabukita.
C'est un thé qui nous fait baigné dans des parfums sucrés et des saveurs veloutées et soyeuses en bouche. Néanmoins, l'omniprésente de l'umami ne confère pas de lourdeur,  je ne le ressent pas comme un bouillon, cela reste très sophistiqué.

C'est deux gyokuro sont bien sûr à boire en compléments l'un de l'autre. Avec des parfums différents, ils ont une force olfactive qui me semblent propre à Asahina. Le Yabukita est peut être plus complexe, mais le Saemidori donnera plus de douceur typique des gyokuro. En fait, les caractéristiques de cultivars sont parfaitement mises à profit, l'un et l'autre trouvant un équilibre tout à fait différents.


mercredi 13 septembre 2017

Aborder le gyokuro

A l'occasion de l'arrivée sur Thés du Japon de la sélection 2017 de gyokuro, il est bon de revenir sur ce genre de thé japonais, dont le nom est ultra connu mais bien souvent trop mal compris.

La plus importante erreur est celle qui fait prendre le gyokuro pour un thé japonais supérieur, en somme, de penser que le sencha est le thé vert de qualité moyenne, et le gyokuro celui de qualité supérieure. Or, ces deux types de thé ne doivent et ne peuvent pas être comparer de manière verticale. Si le gyokuro se distingue par son mode de culture, c'est plus encore par son mode de consommation que le gyokuro diffère du sencha. Il s'apprécie de manière différente, j'entends par là que sa méthode de préparation en fait quelque chose qui le place dans un domaine à part.
Acheter un gyokuro plutôt qu'un sencha en pensant être sûr alors d'avoir un thé de qualité montre une incompréhension de ce genre. En effet, si le gyokuro est préparé et abordé de la même manière qu'un sencha, le résultat sera très mauvais, ne permettant nullement d'apprécier les caractéristiques et qualités très particulières de ce type de thé très typiquement japonais.

Même en sachant comment l'aborder, le gyokuro peut paraître à beaucoup difficile d'accès, un peu rebutant, et cela n'est pas faux. Le gyokuro possède certes une palette de possibilités moins large que le sencha, et il y a un effort, un premier pas à faire pour aller vers lui. Pourtant, une fois le doigt mis dans l'engrenage, c'est tout un univers qui s'ouvre, des sensations que l'on ne retrouve dans aucun autre type de thé japonais ou autre. L'idée du thé de luxe, bu de manière très exceptionnelle disparaît, et on fini même par l'envisager pour le quotidien, comme une possibilité offerte parmi tous les types de thés. J'y prends pour ma part un plaisir immense que je n'aurais pourtant jamais imaginé il y a quelques années encore.

Définition
 Il est difficile de définir clairement ce qu'est le gyokuro. En effet, comme pour le tencha (matériau brut non moulu du matcha), il n'y a pas de norme clairement définie assez précise. Pourtant on trouve généralement qu'il s'agit d'un thé produit en plantation ombrée. L'ombrage doit en principe être fait sous tonnelle / ombrière ("tana-gake"), structure de 180-200 cm de hauteur permettant l'ombrage à l'aide de fibres synthétiques ou de store en bambou et de paille. L'ombrage de type tunnel ou directement posé sur les théiers sont en principe exclus.
Au moment de l'ouverture de la seconde feuille, l'ombrage débute, avec la lumière coupée à 80-85%, puis au bout de dix jours, une deuxième couche (ni-jû-kake) filtre 95% de la lumière, pour encore 10 jours. Néanmoins, dans bien des cas, l'ombrage est plus long, jusqu'à un mois parfois. L'ombrage est aussi parfois limité à une seule couche seulement.
Pour rester dans un définition très stricte, les théiers sont non taillés (shizen-shitate) et par conséquent la récolte ne peut être que manuelle, et une seconde récolte est exclue. Pourtant, plus abordables, des plantations sous tonnelle mais taillées, avec récolte mécanique, donnent aussi de très bons produits, suffisamment typiques.
C'est définition peut grosso-modo s'appliquer au tencha.


Pourtant, on trouvera sur le marché de nombreux gyokuro issus de plantations en ombrage direct, pour un résultat beaucoup moins nombreux. Beaucoup de vendeurs, dont je fais parti, préféreront les présenter comme des kabuse-cha (à l'ombrage très long car ombré plus de 20 jours). L'ombrage direct, pratiquer de manière très hâtive lors de l'apparition des nouvelles feuilles entraîne un durcissement des feuilles car cette méthode de permet pas de réguler l'ombrage. De plus, le contact direct risque d’abîmer les feuilles; et cette méthode ne constitue pas une protection contre le givre contrairement à l'ombrière.

Après la récolte, le processus de fabrication n'est en revanche guère différent du sencha, avec un étuvage court, et un malaxage avec moins de pression, les feuilles longuement ombrées étant fines et plus cassantes.
Des lignes de 35 Kg (ne donnant donc que 5-6 kg de aracha), aujourd'hui très rares pour le sencha, sont enore très utilisées pour le gyokuro, on trouve même pour du très haut de gamme, à Kyô-Tanabe par exemple, des lignes de 18K !

Enfin, il est bon de rappeler que le concept de shincha, thé nouveau, ne s'applique pas au gyokuro (ni au matcha), récoltés et fabriqués au printemps, il ne sont mis en vente en général qu'à l'automne après maturation. A Kyôto, certains professionnels chérissent les gyokuro de un ou deux ans.

Préparation et consommation
C'est finalement là que l'unicité essentielle du gyokuro se dégage.
Sa méthode de production a pour but de minimiser les tanins dans les feuilles au profit des acides aminés, pour obtenir un thé très riche en umami, avec très peu d'astringence, et enfin un parfum sucré et végétal très typique propre aux thés ombrés très présents.
Pour mettre à profit ces caractéristiques dans la tasse, le gyokuro est infusé très concentré, avec de l'eau très tiède pour minimiser encore plus l'astringence au profit de l'umami. 
Un paramètre classique sera 5g de feuilles, 30ml (je dis bien ml, pas cl) à 40 ou 50°C sur la 1ère infusion, au moins 90s. Dans la tasse, on obtient ainsi que quelques gouttes de nectar, dense, riche, aromatique, puissant. Beaucoup d'umami certes, mais un umami à la fois puissant et tendre, avec aussi beaucoup d'arômes.
Infuser comme un sencha, le gyokuro est alors très plat, subtil diront certains, mais simplement sans intérêt.

 Il faut donc apprendre à apprécier cette méthode de dégustation, à savourer ces quelques gouttes de thé, puis à contempler l'évolution des arômes sur les 4 ou 5 infusions qu’offriront ces feuilles. On comprend qu'il ne faut pas faire le pingre, ni sur la qualité du gyokuro déguster, ni la quantité de feuilles utilisées, ni sur le temps passer à savourer cet espresso du thé japonais.
Je recommande le shiboriodashi pour la préparation du gyokuro.

Entre ceux produits à Uji, Yame et Asahina, on ressent des différences importantes. Si ceux de Yame sont aujourd'hui les plus primés lors des concours (l'aspect des feuilles a une importance), je préfère pour ma part ceux de Uji, qui me semblent les plus typiques du point de vu aromatique. Asahina est plus confidentiel (et en voie de disparition), mais avec ses caractéristiques propres aussi. A chacun de se faire une idée.
Les cultivars seront comme toujours un élément essentiel de diversité. Kyôto/Uji a développé de nombreux cultivars dédiés aux thés ombrés sélectionnés à partir souvent de graines de théiers locaux "zairai" (ce sont donc des cultivars dans lesquels Yabukita n'entre pas dans la généalogie, ce qui est assez rare) les plus connus pour le gyokuro étant Gokô et Samidori, on pourra citer ensuite Uji-hikari. De nouveaux ont vu le jour depuis, mais il est trop tôt pour dire quel sera leur destin. Néanmoins, on utilise aussi des cultivars classiques comme Yabukita (de moins en moins), mais aussi de plus en plus Oku-midori, et surtout la star Saemidori. Mon avis est que ces cultivars n'égalent pas Gokô ou Samidori pour les parfums, mais il est vrai que Saemidori est bien plus riche en umami, et domine donc les résultats des concours. Il se répand très vite même à Uji.
Quoi qu'il en soit de ces questions de préférence, les différentes zones de production, les cultivars, offrent au gyokuro des variations importantes, qui deviennent évidentes quant on les compare, et c'est après ces efforts de compréhensions que l'on tombe sous le charme, car rien d'autre dans le monde du thé (les thés du monde) n'est comparable. On remarque que le gyokuro n'est pas qu'une question d'umami, mais qu'il y a une profondeur fascinante dans les parfums qu'il développe.

Origine
S'il ne fait aucun doute que le gyokuro fut inventé à Kyôto dans les années 1830, il y a plusieurs versions quant à son origine précise. Néanmoins, le concept est simple, allier le malaxage du sencha, à la méthode de culture du tencha.
On raconte que Yamamoto Kahei sixième génération des marchand de thé de Edo, Yamamoto-ya, aurait obtenu des amas de feuilles en malaxant avec la main des feuilles étuvées de tencha, et que cela, infusé, aurait donné un bon parfum et une belle couleur, donnant naissance au gyokuro.
On parle aussi d'une invention du maître de sencha-dô Ogawa Kashin.
Ou encore du producteur de tencha de Uji Matsubayashi Chôhei, qui ayant perdu son hoiro (plan de travail chauffé servant à faire sécher les feuilles de thé) dans un incendie, aurait fait transformé ses feuilles chez un producteur de sencha, et aurait appeler ce thé gyokuro.
Il faut dire que c'est une époque de grande difficultés financières pour la classe dirigeante des guerriers, principaux consommateurs du tencha/matcha, et qu'il était ainsi nécessaire de trouver de nouveaux marchés, et donc de créer de la nouveauté. Le malaxage comme un sencha des feuilles ombrées aurait permit d'utiliser ces plantations à des fins nouvelles.
On pense donc qu'il n'y à pas un seul nom d'inventaire à mettre sur le gyokuro, mais plutôt le produit d'efforts collectifs pour s'adapter à l'air du temps.


Pourquoi cet article ? D'abord pour expliquer ce qu'est le gyokuro, pour tenter de faire passer un message à son propos, le faire apprécier mieux par un plus grand nombre d'amateurs.  Mais aussi pour que ceux qui choisissent d'en acheter ne le fasse pas pour de mauvaises raisons, et puisse l'apprécier à sa juste valeur. Comme je l'ai déjà dit plus haut, le gyokuro demande au départ des efforts, d'abord d'adaptation à sa méthode de consommation, mais aussi de découverte, il faut en boire un certain nombre pour pour se rendre mieux compte de sa profondeur.
Mais ces efforts ne seront pas vains, ils ouvriront une région nouvelle et inédite dans la géographie des thés. Il serait dommage de s'en passer car le gyokuro est aussi en fin compte un condenser des caractéristiques du thé japonais, un thé vert ombré, étuvé, et malaxé à la manière du sencha.

jeudi 17 août 2017

Sencha de Kawane, Shizu-7132 et Kôshun

Au côtés de Hon.yama (ville de Shizuoka) et de Tenryû (ville de Hamamatsu), Kawane est l'une des trois grandes régions de production de thé de montagne de Shizuoka. Jusqu'à présent, j'ai présenté des sencha des Tsuchiya (secteur de Mizukawa), de M. Masui (Aobe), et voici cette année des thés de M. Konishi, du secteur de Moto-Fujikawa. C'est l'une des zones traditionnelles de production de sencha de Kawane et nombres de producteurs sont très actifs dans le domaine des concours et du temomi-cha (il y a une méthode particulière de malaxage à Kawane appelée "kawane-momikiri-ryû").






(* photos prises le 24 avril 2017, soit encore au moins deux semaines avant le début des récoltes dans ce secteur. Le Shizu.7132 fut récolté le 15 mai, et Kôshun les 19 et 21 mai.)

M. Konishi, encore jeune au regard du nombre important de vétérans dans le secteur, a fait le choix d'une culture sans pesticide, et avec des engrais biologiques, ainsi que de l’exploitation de divers cultivars tournés vers les parfums plutôt que l'umami. C'est ainsi que je vous propose son Kôshun et son Shizu-7132.

Shizu-7132 est ce cultivar issu d'une graine de Yabukita, célèbre pour son parfum rappelant la pâtisserie "sakura-mochi", mais aussi pour son instabilité. Aussi, ce parfum de ressort pas toujours de manière très claire, mais, il semble que le terroir de Moto-fujikawa ainsi que les méthodes de culture et de manufacture de M. Konishi aient sis à meveille cette année.


Le parfum des feuilles sèches, sucré et acidulé, est typique de 7132, vraiment très gourmand.
L'infusion donne un parfum d'abord plus discret, bien que sans équivoque quant au cultivar. En bouche ce thé arrivé très doux et soyeux, fluide, avec beaucoup d'arômes, plus sucrés que umami. Ces arômes de pâtissier japonaise sont uniques, difficiles à exprimer, évoquant la feuille de cerisier saumurée, ainsi que le raison sucré fermenté. On ressent aussi en after-taste des notes végétales fraîches qui contrebalancent bien le sucré de cet arrière-goût. La longueur en bouche est impressionnante.
Peut-être moins raffiné que celui de Hon.yama, ce Shizu-7132 de Kawane est aussi plus typique et représentatif de ce cultivar hors-norme.

Avec Kôshun, on est sur un cultivar tout aussi unique, mais aussi plus stable, dont les arômes ressortant en général toujours très bien. Néanmoins, ce sencha de Kawane semble aussi tirer bon parti de ce cultivar et de ce terroir.

Ce cultivar est connu pour son parfum floral incisif, qui peut devenir plus fruité avec la torréfaction. Si ceux de Tamakawa ou de Shimizu que je propose sur Thés du Japon se situe plutôt dans la deuxième catégorie, celui-ci serait plutôt dans le floral avec sa torréfaction (hi-ire) faible. Pourtant, ce thé n'est en rien agressif. Son parfum est floral, avec certes cet aspect de grosse fleur jaune sauvage, mais aussi avec une touche plus florale sucrée apportant de la profondeur.

En bouche, ce thé est là aussi soyeux et fluide. On ressent d'abord une petite touche astringente qui se transforme ensuite en umami. L'after garde des arômes floraux caractéristiques, et la longueur en bouche est encore exceptionnelle. L'évolution des arômes à chaque infusion est aussi très intéressante.

Voici deux thé très aromatiques, Shizu-7132 s'exprimant plutôt en bouche et en gorge alors que Kôshun est d'abord très présent au nez puis dans la longueur. L'un est l'autre sont très fluides, soyeux, aérien, pourtant la puissance des arômes est formidable.
Je suis très heureux de pouvoir présenter cette année pour la première fois ce terroir et ce producteur de Kawane.



jeudi 10 août 2017

Thé noir de Gokase, Benifûki

J'avais présenté il y a quelques semaines le très intéressant thé noir de Gokase par M. Miyazaki fait à partir du cultivar Benihikari, et voici maintenant (comme promis) un Benifûki printemps 2017 du même producteur.
Il suffit de mettre son nez dans le sachet : pas de doute, fruité et légèrement, il s'agit bien d'un Benifûki, ce cépage / cultivar majeur à thé noir japonais.

Pour ce thé, on pourra procéder aussi bien à une infusion classique longue (2-3 min, 3-4g de feuilles pour 150ml d'eau) qu'à des infusions multiples, plus chargées et plus courtes, en gaiwan par exemple.


Le parfum est typique de Benifûki, fruité (abricot, banane, etc), sucré et velouté.
L'attaque a de l'impact mais sans agressivité. Le thé est très fluide en bouche, avec cependant une légère et élégante astringence que j'aime a retrouver dans les thés noirs. L'impression est très aromatique, très riche,  aussi bien dans le finish que dans l'after. En refroidissant, on trouve des arômes épicés, là encore très gourmands.
Si la méthode en infusion multiples donne en deuxième et troisième infusion un thé moins dense, on gagne encore en fluidité et l'after demeure très riche.  Aussi, on voit alors apparaître des arômes d'agrumes.


L'impression générale après dégustation est celle d'un thé noir typique, très agréable et équilibré, à déguster sans ajout de lait. C'est aussi un thé noir qui met très bien en avant les caractéristiques de Benifûki, fruité dans le arômes, mais puissant avec sa texture vive et affûtée en bouche.
Pour ceux qui veulent découvrir pour la première fois un thé noir Benifûki, je recommanderai d'abord celui de Ashikita, mais en deuxième lieu ce thé noir de Gokase sera un bon choix. Mais surtout, je recommande très vivement la dégustation de ce Benifûki en parallèle avec le Benihikari du même producteur. Ces deux thés noirs de Gokase donneront ainsi une très bonne idée des caractéristiques et différences entre ces deux cultivars à thé noir. Ils offriront aussi beaucoup de plaisir, chacun avec des sensations différentes.

jeudi 27 juillet 2017

Benifûki et Benihikari, deux thés noirs de Yame

Yame, dans le département de Fukuoka est connu comme l'une des trois grandes régions productrices de gyokuro (avec Uji, et Asahina), et aussi pour ses fukamushi sencha, généralement ombrés.
La famille Kuma, du secteur de Jôyô-machi ne déroge pas à ce schéma, produisant gyokuro et fukamushi sencha, mais le fils produit aussi des thés noirs. En voici deux, du même producteur, mais pourtant sur bien des points diamétralement opposés. En effet, nous avons un Benifûki du printemps de cette année, encore très jeune donc, et un Benihikari de l'été 2015, ayant donc pris un peu de bouteille.

Si ces deux cultivars (cépages) sont l'un comme l'autre destinés à la production de thé noir, Benifûki est plus récent, enregistré au début des années 90, issu du croisement entre Benihomare (le tout premier cultivar Japonais à thé noir, sélectionné à partir de graines ramenées de Assam à la fin du 19ème) et Cd86 (sélection au centre de recherche de Makurazaki à partir de graines provenant de Darjeeling). C'est aujourd'hui de loin le plus répandu des cépages à thés noirs japonais.
En revanche, enregistré dans les années 60, Benihikari est plus ancien. C'est un croisement entre Benikaori et Cn1 (sélection à partir d'une graine venant de Chine). Avec la libéralisation du commerce international japonais au début des années 70, il n'était plus nécessaire pour les entreprises japonais d'acheter du thé noir produit au Japon pour importer du thé noir étranger, ainsi la baisse drastique de la production nationale empêcha Benihikairi de se développer à l'époque. C'est depuis une dizaine d'année, alors que l'on recommence à produire du thé noir au Japon, plutôt maintenant pour la consommation domestique, avec une recherche de qualité, que l'on commence à revoir Benihikari. Ce cultivar apporte un contrepoids intéressant à Benifûki, par ses arômes très différents.

L'amélioration progressive de la qualité des thés noirs japonais en fait un genre de plus en plus digne d'intérêt sur lequel je voudrais me pencher un peu plus, en espérant que nombre d'entre vous se laisserons séduire par ces thés noirs "exotiques" en quelque sorte. Certains cultivars à thé vert, Kôshun en particulier, donnent des thés noirs très intéressants, mais dans l'ensemble, les "beni" quelque-chose sont une base selon moi inévitable.
Pour en revenir à nos thés de Yame, le Benifûki est un thé noir je dirais printanier, avec des arômes assez frais et verts, avec une attaque en bouche très fluide, sans pour autant manqué de punch, avec son astringence élégante et agréable. On retrouve le parfum fruité, épicé et sucré, qui fait la marque de fabrique de Benifûki, qui apparaît sans trop d'emphase, avec aussi une impression vanillée.

On a là un thé noir somme toute assez classique, équilibré, subtilement aromatique, qui, infusé fort pourra être très agréable avec un nuage de lait (c'est quelque chose que je n'ai pas franchement l'habitude de recommander, mais ce Benifûki de Yame s'y prête très bien).

Le Benihikari offre des saveurs très différentes. Le côté menthol, un peu camphré, évoquant aussi la cannelle de ce cultivar est ici présent, mais plutôt en arrière-plan.
 Ce sont des arômes sucrés, de fruits confits, de miel, un peu poivrés peut-être, de bois sec aussi, qui dominent ici. Ainsi, tout en étant assez fort, ce thé est aussi très doux et sucré en bouche, avec une pointe d'astringence légère. Ces sensations sont bien sûr celles d'un thé noir d'été. Ainsi, alors que l'on ressent néanmoins le caractère de Benihikari, c'est un bouquet de parfums riches et denses que nous offre ce thé noir. 
C'est deux thés noirs proposent ainsi une expérience très différentes des Benifûki de Ashikita et Benihikari de Gokase.


lundi 17 juillet 2017

Kama-iri cha et thé noir de Gokase

Est-il besoin de rappeler que les deux communes voisines de Gokase et Takachiho, au nord-ouest du département de Miyazaki sont les deux hauts-lieu de pproduction de Kama-iri cha ?
Après deux kama-iri cha de Takachiho, cultivars Mine-kaori et Yamanami, en voici deux de Gokase, Minami-sayaka et Mine-kaori encore. 
Jusqu'à l'an dernier, M. Miyazaki utilisait pour ses kama-iri soit une machine japonaise classique de type Mori-shiki très ancienne (son Mine-kaori) soit une machine Taiwanaise, donnant des thés moins typiquement japonais (ses Minami-sayaka et Yamanami).
Les machines iri-ki (pour effectuer le chaqing, ou sassei en japonaise, phase de torréfaction des feuilles fraîches servant à stopper l'oxydation) japonaises son composée de deux parties ou les feuilles sont chauffées, d'abord un simple tambour en rotation, puis un demi-tambour fixe dans lequel les feuilles sont brassées par des bras rotatifs.


Cette année, Miyazaki san inaugure une toute nouvelle machine de grande capacité ainsi que toute une nouvelle chaîne adaptés. Malgré l’augmentation de la capacité, ses kama-iri restent typiques et intéressants. Voici cette année un Minama-sayaka et bien sûr le Mine-kaori que j'aime tant. Pour l'instant j'ai ecarté le Yamanami, plus typé, car j'en propose un de M. Kai de Takachiho.
A gauche, Minami-sayaka et à droite Mine-kaori. On voit une différence très nette de couleur, le Mine-kaori étant plus typique.Tous deux sont des cultivars développés au centre de recherche de Miyazaki, mais si Mine-kaori est enregistré en tant que cultivar à kama-iri, Minami-sayaka est à l'origine un cultivar à sencha.
Le Minami-sayaka ne montre pas de parfum très fort, celui-ci est léger et donne une impression lactée et fruitée. En bouche on ne peut pas parler d'umami, mais les arômes sont sucrés et fruités, un peu anisé. Ce kama-iri cha est robuste, et son after-taste est très puissant, toujours dans un domaine sucré, un peu acidulé. Très long en bouche, les arômes évoluent vers quelque chose de lacté, rappelant aussi un peu la pèche. Encore une fois, ce Minami-sayaka ne donne pas un exemple très typique de kama-iri cha, et caractérise avant tout par sa puissance en bouche et son caractère sucré.
En revanche, avec le Mine-kaori on est en terrain connu. Bien qu'ils soient moins présents que dans celui de M. Kai de Takachiho, les arômes de marrons grillés typiques des kama-iri cha japonais sont bien présents. Ensuite, les arômes rappelant le riz typiques de ce cultivar sont fortement mis en avant, plus cette fois qu'avec celui de M. Kai. Le contraste entre le parfum très sucré et l'impression sèche en bouche est intéressant.

M. Miyazaki est l'un des grands noms du kama-iri cha mais il est aussi connu pour ses thés noirs. Il exploite une quantité importante de cultivars et met à profit, de manière encore assez expérimentale parfois des cultivars tels que Minamai-sayaka ou Yamanami pour les thés noirs, avec pour résultats des parfums très étonnants. Je dirais même parfois trop étonnant. Pour l'heure je préfère laisser de côté ce type de thés noirs pour me concentrer sur les cultivars à thé noir que sont Benifûki ou, moins répandu, Benihikari.
C'est justement de ce dernier dont il est question ici.
Ici, parmi les thés noirs japonais que je peux proposer, ce n'est probablement par les meilleur en terme de qualité, du moins le manque de finition est un défaut non négligeable (certes fréquent avec le thé noir japonais pour des raisons que j’évoquerai plus tard). Pourtant c'est un thé noir très agréable à boire, et surtout un bonne exemple, enfin il me semble, pour saisir les caractéristiques de Benihikari. J'espère proposer plus tard un Benifûki de ce producteur, pour avoir une comparaison simple.
Alors que le gouvernent subventionnait toujours la production de noir au Japon dans les années 60s (obligation pour importer du thé noir d'acheter une valeur équivalente de thé noir produit au Japon), Benihikari est développé sur un croisement entre Benikaori (lui-même croisement avec une variété de Assam) et une variété chinoise. Considéré de très bonne qualité, il fut enregistré officiellement en 1969, juste avant la libéralisation du commerce international japonais en 1971, qui coupe toute demande pour la production de thé noir, enterrant Benihikari avant même le le voir faire ses preuves. Alors qu'un vent nouveau commença à souffler pour le thé noir japonais, c'est Benifûki, plus récent, avec des saveurs plus "grands publics" qui devint la star, plaçant Benihikari au rang de chimère. Avec le développement du thé noir ici, on voit réapparaître enfin Benihikari, qui donne quelque chose de très différent, donc très intéressant, de Benifûki.
Loin du fruité de Benifûki, Benihikari donne des arômes de menthol, camphrés et poivrés. Il y a quelque chose de sucré, mais un sucré d'épices qui évoque la cannelle. Toute proportion gardée, de très loin, on pourrait faire le rapprochement avec le n°18 taïwanais (que j'aime beaucoup), mais en moins acéré, plus doux.
Plus en arrière plan, on y trouve aussi des notes florales.
L'impression en bouche est légère, peu tannique, mais très fluide, ce thé noir se boit très bien, avec beaucoup de plaisir.

Si une infusion longue (2-3 min, 3g, 150ml) convient bien, on peut aussi faire des infusions multiples, plus concentrées et courtes en gaiwan par exemple.